La Prohibition

La prohibition : L’âge d’or des bootleggers

Avant la Prohibition

Dès l’avènement de la Confédération canadienne, les gouvernements se virent confrontés aux problèmes qu’entrainait la double dimension sociale de l’alcool. Étant à la dois une marchandise de prédilection pour la sociabilité des uns et un nectar d’immoralité conformément aux valeurs des autres, il fut difficile pour les autorités politiques de se positionner dans le débat. Devant les divergences d’opinions et constatant des tentatives avortées de prohiber ce liquide, le gouvernement canadien adopta un projet de loi visant à laisser le soin de prohiber ou de tolérer l’alcool aux localités. C’est ainsi que fut sanctionné l’Acte de tempérance du Canada en 1878 qui permettait de prohiber l’alcool dans une localité où la tenue d’un référendum démontait qu’une majorité des citoyens de l’endroit étaient pour cette mesure.

 

Cela dit, alors que la Première Guerre mondiale battait son plein et que les mouvements de tempérance soutenus par les adeptes de la moralité chrétienne se faisaient plus bruyants, les gouvernements furent contraints d’opter pour des mesures prohibitives. C’est en ce sens qu’une loi prohibant l’alcool entra en force en 1917 au Nouveau-Brunswick et qu’une seconde loi de portée fédérale entra en vigueur en 1918.

 

L’alcool étant prohibé dans la majeure partie de l’Amérique du Nord, les réseaux de contrebande d’alcool se multiplièrent, ce qui fit de la Prohibition l’âge d’or des bootleggers. « Les bars sont vides et les caves sont pleines. » Voilà ce qui représentait bien la situation de Madawaska qui s’était gagné la réputation d’être la « terre promise des bootleggers » dans les années 1920. En effet, étant à cheval entre le Québec « mouillé »et l’État du Maine «sec » tout en étant doté d’un carrefour ferroviaire important pour être la porte d’entrée des provinces maritimes, le comté était alors devenu un lieu de passage privilégié pour les trafiquants d’alcool. De même, avec la sanction du 18e amendement, les États-Unis entrèrent également dans un régime prohibitionniste en 1920. 

Après la Prohibition

Constatant l'insuccès des tentatives visant à prohiber l'alcool, le gouvernement du Nouveau-Brunswick emboîta le pas dans le même sens que d'autres provinces canadiennes en 1927 en nationalisant le commerce des boissons enivrantes. Dès lors, la vente de boissons alcooliques se fit dans des magasins assignés et dirigés par la New Brunswick Liquor Cortrol Board.

L'abrogation de la Prohibition ne marqua toutefois pas la fin des mouvements de tempérance. En effet, la Ligue du Sacré-Cœur et le mouvement Lacordaire poursuivirent la lutte contre le « démon » de l'alcool. Cependant, après avoir commencé à péricliter au cours des années 1960 dans une société changeante où l'alcoolisme commençait à être davantage perçu comme une maladie qu'un écart de comportement, lesdits regroupements de tempérance disparurent au Madawaska au cours des armées 1970. Aujourd'hui, la contrebande d'alcool est reléguée au rang de référent régional où elle fait partie des éléments définiteurs de l'identité madawaskayenne.

Notamment dans la paroisse de Saint-Hilaire, l'époque de la Prohibition jouit d'une reconnaissance révélatrice de ce phénomène. En effet, une large partie du patrimoine bâti de l'endroit commémore l'importance de l'époque prohibitionniste dans le façonnement de la communauté. Par exemple, l'histoire populaire de la région rapporte que l'église et le presbytère de l'endroit furent construits largement avec la contribution de contrebandiers au moment de la Prohibition.

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La bagosse

Avec l’avènement de la Prohibition, la demande pour de l’alcool frelaté augmenta de manière significative. La production de cet alcool artisanal consistait à faire bouillir dans un alambic le produit d’un mélange d’eau, de sucre, de levure et d’autres denrées qui avaient préalablement fermenté.

 

Un correspondant du journal régional Le Madawaska décrivait le processus en ces termes :

 

 

[…] dans une primitive cabane à sucre au fond d’une érablière, on fait fermenter une matière sucrée quelconque, malt de céréale, mélasse, ou sirop de blé d’Inde, en y ajoutant un peu de levures; ensuite lorsque la fermentation est terminée, on fait distiller le liquide dans un alambic, grand ou petit, pour obtenir de l’alcool concentré.